La garantie terrorisme représente aujourd’hui un élément fondamental de l’assurance habitation française, née de la nécessité de protéger les citoyens face à une menace malheureusement devenue réelle. Cette couverture obligatoire, intégrée automatiquement dans tous les contrats d’assurance comportant une garantie incendie, suscite néanmoins de nombreuses interrogations chez les assurés. Quand s’applique-t-elle exactement ? Quels types de dommages couvre-t-elle ? Comment s’articule-t-elle avec les autres dispositifs d’indemnisation existants ? Ces questions méritent des réponses précises, car comprendre les mécanismes de cette garantie peut s’avérer déterminant en cas de sinistre.

Définition juridique et périmètre d’application de la garantie catastrophes technologiques

Classification des actes terroristes selon le code des assurances français

Le cadre juridique français définit avec précision ce qui constitue un acte terroriste au sens de l’assurance. Selon les articles 421-1 et 421-2 du Code pénal, un acte terroriste se caractérise par des infractions intentionnellement commises en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Cette définition englobe notamment les attentats à l’explosif, les actes de sabotage, les prises d’otages ou encore les détournements de moyens de transport.

L’article L126-2 du Code des assurances précise que cette garantie s’applique automatiquement à tout contrat couvrant les dommages d’incendie. Cette obligation légale garantit une protection universelle aux assurés, sans possibilité d’exclusion par l’assureur. La reconnaissance officielle d’un acte terroriste relève de l’autorité judiciaire, qui détermine si les faits correspondent aux critères légaux établis.

Distinction entre terrorisme, catastrophe naturelle et dommages de guerre

La frontière entre ces différents types de sinistres peut parfois sembler floue, mais leurs régimes d’indemnisation diffèrent considérablement. Les actes terroristes se distinguent des catastrophes naturelles par leur caractère intentionnel et humain, contrairement aux phénomènes météorologiques ou géologiques exceptionnels. Cette distinction est cruciale car elle détermine le fonds d’indemnisation applicable et les modalités de prise en charge.

Les dommages de guerre, quant à eux, restent exclus de la garantie terrorisme. Cette exclusion traditionnelle de l’assurance privée renvoie à des mécanismes d’indemnisation spécifiques gérés par l’État. La jurisprudence a établi des critères précis pour distinguer un acte terroriste d’un acte de guerre, notamment l’ampleur du conflit et l’implication d’États souverains.

Seuils d’indemnisation fixés par le décret n°86-1068

Le décret n°86-1068 du 30 septembre 1986 établit les modalités d’application de la garantie terrorisme, notamment en matière de seuils d’indemnisation. Ces seuils déterminent à partir de quel montant de dommages la garantie s’active et dans quelles conditions l’indemnisation peut être plafonnée. Le texte prévoit également des dispositions spécifiques pour les sinistres de grande ampleur, pouvant nécessiter l’intervention de mécanismes de réassurance exceptionnels.

La taxe attentat, fixée à 6,50 euros par contrat et par an depuis juillet 2024, alimente le

fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI). Ce dispositif de solidarité nationale vient compléter les garanties prévues par votre contrat d’assurance habitation en prenant en charge les dommages corporels et certains préjudices économiques des victimes. En d’autres termes, la taxe attentat que vous voyez sur votre avis d’échéance sert à sécuriser, en arrière-plan, la capacité d’indemnisation du système dans son ensemble.

Territorialité de la couverture terrorisme en france métropolitaine et DOM-TOM

La garantie attentats et actes de terrorisme de votre assurance habitation s’applique aux dommages matériels subis par votre logement dès lors que ceux-ci surviennent sur le territoire français au sens large. Sont donc couverts les sinistres survenus en France métropolitaine, mais aussi dans les départements et régions d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) ainsi que, selon les contrats, dans certaines collectivités d’outre-mer. Il est important de vérifier les conditions particulières de votre police, car la notion de « lieu d’assurance » y est précisément définie.

En pratique, la territorialité de la garantie terrorisme suit celle de la garantie incendie: si votre contrat prévoit que votre maison secondaire en Martinique est assurée pour l’incendie, elle bénéficiera également de la protection en cas d’attentat. En revanche, les actes de terrorisme commis à l’étranger sur un logement que vous occupez temporairement (location de vacances, résidence d’expatrié) ne relèvent pas, en principe, de votre assurance habitation française standard. Dans ces situations, d’autres dispositifs d’assurance ou le seul FGTI pour les dommages corporels peuvent intervenir.

Conditions d’activation du fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme (FGVAT)

Procédure de reconnaissance officielle par les autorités préfectorales

Pour que la garantie terrorisme de votre contrat habitation et l’intervention du FGTI soient pleinement activées, il ne suffit pas que l’événement soit perçu comme un attentat par les médias ou le public. Une reconnaissance officielle est nécessaire. Sur le plan pénal, c’est le parquet antiterroriste ou le procureur de la République compétent qui qualifie les faits de terroristes, sur la base des articles 421-1 et suivants du Code pénal. Cette qualification figure dans la procédure pénale et sert de référence aux différents intervenants.

Sur le plan administratif, le préfet peut également jouer un rôle en relayant l’information aux services de l’État et aux assureurs, mais la clé reste la qualification judiciaire. Tant que cette qualification n’est pas acquise, l’assureur peut ouvrir un dossier « attentat présumé » et vous indemniser au titre des garanties de base (incendie, explosion, etc.), puis requalifier le sinistre une fois la nature terroriste confirmée. Le FGTI, de son côté, est informé par le procureur ou, pour un attentat à l’étranger visant des ressortissants français, par le ministère des Affaires étrangères.

Délais de déclaration et constitution du dossier sinistre terrorisme

Du point de vue de l’assurance habitation, les délais de déclaration d’un sinistre terrorisme sont identiques à ceux d’un sinistre classique. Vous devez informer votre assureur dans les cinq jours ouvrés suivant la connaissance des dommages, par téléphone, en ligne ou par courrier recommandé. Même si le contexte est exceptionnel, respecter ce délai reste essentiel pour faciliter la prise en charge. Le fait que l’événement soit ultérieurement reconnu comme attentat n’allonge pas ce délai contractuel.

La constitution du dossier suit une logique similaire à un sinistre incendie ou explosion. Vous devrez fournir un descriptif précis des dommages, des photographies, des factures ou preuves d’achat, ainsi que, le cas échéant, l’arrêté de péril ou le rapport des services de secours. Pour le volet corporel, si vous êtes directement victime, une démarche parallèle auprès du FGTI est nécessaire, avec envoi de certificats médicaux, du dépôt de plainte et de justificatifs de revenus. L’image à garder en tête est celle de deux « files d’indemnisation » qui avancent en parallèle: l’une pour votre logement via l’assureur, l’autre pour les personnes via le FGTI.

Intervention de la commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI)

La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI), rattachée aux tribunaux judiciaires, peut intervenir à plusieurs niveaux dans les dossiers de terrorisme. En principe, les victimes d’attentats sont directement indemnisées par le FGTI, sans passer par la CIVI. Toutefois, celle-ci peut être saisie en cas de contestation de l’offre du Fonds, de difficulté particulière d’évaluation du préjudice ou lorsque la victime relève, en partie, du régime général d’indemnisation des infractions de droit commun.

Pour un assuré, la CIVI représente une sorte de « filet de sécurité juridictionnel » permettant de faire trancher par un juge les désaccords persistants sur le montant de l’indemnité, sur la nature des préjudices reconnus ou sur la recevabilité du dossier. La saisine doit respecter des délais stricts (en général, trois ans à compter de l’infraction ou un an après la dernière décision juridictionnelle) et nécessite souvent l’assistance d’un avocat. La démarche reste cependant exceptionnelle pour les dossiers purement liés au terrorisme, le FGTI ayant vocation à indemniser de manière intégrale.

Articulation avec le régime général d’indemnisation des catastrophes technologiques

On confond souvent la garantie « attentats et actes de terrorisme » avec la garantie « catastrophes technologiques » prévue aux articles L128-1 et suivants du Code des assurances. Les deux régimes partagent une logique de solidarité nationale et un caractère obligatoire, mais ils répondent à des événements bien distincts. Les catastrophes technologiques couvrent les accidents industriels majeurs (explosion d’usine, rejet chimique, effondrement d’ouvrage, etc.) ayant donné lieu à un arrêté de catastrophe technologique, alors que la garantie terrorisme vise des actes intentionnels à visée terroriste.

Dans la pratique, les deux mécanismes ne se cumulent pas pour un même événement: soit l’État reconnaît un attentat, soit il reconnaît une catastrophe technologique. Votre assureur applique alors le régime correspondant, notamment en termes de franchise et de plafonds. L’articulation avec le FGTI est également différente: en cas de catastrophe technologique, il n’intervient pas, tandis qu’il est au cœur de l’indemnisation des victimes d’attentats pour les dommages corporels. Pour vous, assuré, l’enjeu est surtout de savoir sous quel régime se place l’événement, car cela influence la rapidité des procédures et certaines modalités de prise en charge.

Types de dommages couverts par la garantie terrorisme logement

Sur le plan matériel, la garantie attentats et actes de terrorisme de l’assurance habitation couvre les mêmes catégories de dommages que la garantie incendie. Sont ainsi pris en charge les dommages directs au bâtiment (murs, toiture, planchers, cloisons, installations fixes) et aux éléments indissociables du logement (cuisine équipée encastrée, sanitaires, chauffage, etc.). Si vous êtes propriétaire occupant, c’est votre contrat qui indemnise la structure; si vous êtes locataire, la couverture peut concerner vos aménagements et améliorations, selon ce que prévoient vos conditions particulières.

Les biens mobiliers sont également couverts: mobilier, électroménager, équipements multimédias, vêtements, objets de décoration, dans la limite du capital mobilier déclaré au contrat. Certaines catégories, comme les objets de valeur (bijoux, œuvres d’art, instruments de musique de collection), peuvent bénéficier de sous-limites spécifiques ou nécessiter une déclaration détaillée. En cas de doute, mieux vaut vérifier si la valeur de vos biens est correctement déclarée, car en matière de sinistre terrorisme comme d’incendie, la règle de proportionnalité (sous-assurance) peut s’appliquer.

Au-delà des dommages matériels directs, la garantie terrorisme logement prend en charge les dommages immatériels consécutifs. Cela peut inclure la perte d’usage du logement (impossibilité d’y habiter le temps des travaux), certaines pertes de loyers pour un propriétaire bailleur et, selon les contrats, des frais de relogement temporaire. On peut comparer cette situation à une chaîne: l’explosion ou l’incendie déclenché par l’attentat est le premier maillon, et toutes les conséquences financières directement liées à ce maillon peuvent, sous conditions, être indemnisées.

En revanche, il faut bien distinguer dommages matériels et dommages corporels. Les blessures, séquelles physiques ou psychologiques, frais médicaux et pertes de revenus liées à l’atteinte à la personne relèvent du FGTI et non de la multirisque habitation. Votre contrat habitation peut prévoir des garanties d’assistance (aide à domicile, soutien psychologique, etc.), mais l’indemnisation des préjudices corporels stricto sensu suit un circuit à part. C’est une articulation essentielle à comprendre pour ne pas attendre de votre assureur habitation ce qui relève en réalité du Fonds.

Exclusions spécifiques et limitations de la couverture antiterroriste

Si la loi impose aux assureurs d’inclure la garantie attentats dans tout contrat comportant une garantie incendie, cela ne signifie pas pour autant que la couverture est illimitée. La première grande exclusion concerne les dommages résultant d’actes de guerre, de guerre civile ou d’insurrection généralisée. Dès lors que le conflit implique des États ou des forces régulières s’affrontant, on bascule dans le champ de la « guerre », traditionnellement exclu des contrats d’assurance de biens et relevant potentiellement de mécanismes étatiques spécifiques.

Une autre limite fréquente concerne les biens situés en dehors des lieux assurés au contrat. Par exemple, un box ou un garage séparé, une dépendance non déclarée ou un local utilisé pour une activité professionnelle non mentionnée peuvent ne pas être couverts en cas de dommages causés par un acte de terrorisme. De même, certains contrats excluent ou plafonnent la prise en charge de biens professionnels entreposés au domicile, comme du stock ou du matériel de valeur utilisé pour une activité indépendante.

Par ailleurs, les exclusions « classiques » de la garantie incendie demeurent généralement applicables: défaut d’entretien manifeste, construction non conforme déclarée nulle ou aggravation non déclarée du risque peuvent conduire à une réduction, voire un refus d’indemnisation. Un exemple typique est celui d’une dépendance transformée en atelier de stockage de produits inflammables sans en informer l’assureur: si un acte terroriste provoque une explosion dans ce local, l’assureur pourra discuter la portée de la garantie. Enfin, certaines polices prévoient des limitations pour les frais annexes (gardiennage, déblaiement, frais d’architecte) au-delà d’un certain pourcentage des capitaux assurés.

Calcul des indemnisations et barèmes d’évaluation des préjudices

Méthode d’expertise contradictoire pour les dommages matériels

Comme pour tout sinistre important en assurance habitation, l’évaluation des dommages matériels après un attentat repose sur une expertise. L’assureur mandate un expert qui se rend sur place pour constater l’étendue des dégâts, analyser la structure du bâtiment, chiffrer les réparations et apprécier l’état des biens mobiliers. Cette expertise est dite « contradictoire » car vous avez la possibilité d’être présent, de fournir vos propres éléments (devis, rapports, photos) et, si vous le souhaitez, de vous faire assister d’un expert d’assuré que vous aurez choisi.

Le rôle de l’expert est à la fois technique et économique: il doit traduire en montant d’indemnisation ce que l’attentat a détruit ou endommagé. Un peu comme un médecin légiste des bâtiments et des biens, il reconstitue la valeur de ce qui existait avant et évalue ce qu’il faut pour remettre votre logement dans un état équivalent. En cas de désaccord important entre l’expert de l’assureur et l’expert d’assuré, une troisième expertise – dite « amiable contradictoire » ou « tierce expertise » – peut être organisée pour trancher, selon les modalités prévues au contrat.

Évaluation des pertes d’usage et frais de relogement temporaire

Les pertes d’usage et les frais de relogement temporaire peuvent représenter un enjeu majeur après un attentat, surtout si votre logement est rendu inhabitable pendant plusieurs mois. La plupart des contrats multirisques habitation prévoient une prise en charge de ces frais, dans la limite d’un plafond et pour une durée déterminée. Concrètement, l’assureur peut rembourser les loyers d’un logement de remplacement, les frais d’hôtel ou les surcoûts liés à l’éloignement, sur présentation de justificatifs.

L’évaluation de la perte d’usage repose souvent sur une notion simple: combien vous coûte, en plus, le fait de ne plus pouvoir habiter chez vous ? Si vous êtes propriétaire occupant, l’assureur peut retenir un loyer théorique correspondant à un logement équivalent dans votre secteur. Si vous êtes locataire, il comparera le loyer de votre logement sinistré et celui du logement de remplacement. Là encore, l’analogie avec une « compensation de perte de jouissance » est utile: il s’agit de vous permettre de maintenir un mode de vie le plus proche possible de celui d’avant l’attentat, dans le cadre contractuellement prévu.

Application du coefficient de vétusté selon les normes FFSA

Pour les biens mobiliers comme pour certains éléments immobiliers (revêtements de sols, peinture, équipements), l’indemnisation ne se fait pas toujours à « valeur à neuf ». Dans de nombreux contrats, un coefficient de vétusté est appliqué, en s’appuyant sur les barèmes de la Fédération française de l’assurance (ex-FFSA). Ces barèmes fixent, par type de bien, un pourcentage de perte de valeur par année d’ancienneté. Un canapé de dix ans ne sera ainsi pas indemnisé au même niveau qu’un canapé acheté l’année précédente.

Certains contrats prévoient toutefois une garantie « valeur à neuf » ou « rééquipement à neuf » pour l’habitation, qui permet de limiter l’impact de la vétusté jusqu’à un certain plafond ou dans un délai déterminé après la construction ou l’achat. Il est donc essentiel, avant tout sinistre, de bien comprendre la façon dont votre assureur calcule l’indemnisation en cas de destruction des biens par un acte terroriste. On peut comparer la vétusté à une sorte de « courbe de vieillissement financier »: plus un bien a vécu, plus la part prise en charge diminue, sauf si une option contractuelle vient corriger cette courbe.

Jurisprudence récente et évolution réglementaire de la garantie terrorisme

Depuis les attentats de 2015 en France, la jurisprudence et la réglementation relatives à la garantie terrorisme ont connu plusieurs évolutions significatives. Les tribunaux ont, par exemple, précisé les contours de la notion de « victime directe » et de « victime par ricochet » dans les dossiers d’indemnisation du FGTI, ce qui a des conséquences sur la reconnaissance de certains préjudices moraux. De même, des décisions ont affiné la distinction entre actes de terrorisme et actes de guerre, en se fondant sur le degré d’organisation du groupe auteur, la durée des violences et l’implication d’États étrangers.

Sur le plan réglementaire, le montant de la taxe attentat a été relevé à plusieurs reprises, pour atteindre 6,50 € par contrat et par an au 1er juillet 2024, afin de tenir compte de l’augmentation des besoins de financement du FGTI. Parallèlement, les pouvoirs publics ont renforcé l’information des assurés sur la présence de la garantie attentats dans leurs contrats et sur les droits des victimes. On observe ainsi une tendance à la transparence accrue et à la simplification des démarches, avec la généralisation des formulaires en ligne et des guichets uniques d’information pour les victimes.

Pour les propriétaires et locataires, ces évolutions signifient une meilleure sécurisation juridique de la protection de leur logement en cas d’acte terroriste. Cependant, elles rappellent aussi la nécessité de rester vigilant sur le contenu de son contrat d’assurance habitation: niveau des capitaux assurés, options valeur à neuf, prise en charge des frais de relogement, couverture des dépendances, etc. En prenant le temps de vérifier ces éléments en amont, vous vous donnez les moyens de bénéficier pleinement de la garantie terrorisme si, un jour, votre logement devait être touché par un tel événement.